Interview du chef de poste du service de l'environnement de Dablo: Etat des lieux et défis...

Publié le par lompoly

Pour relever les défis environnementaux majeurs de sa zone pastorale
 
A l’heure où la communauté internationale prépare activement la conférence internationale sur le climat  « COP21 », organisée par l’ONU et prévue pour se tenir en novembre-décembre prochain dans la capitale française, la zone sahélienne de Dablo s’organise pour accélérer l’éveil des consciences de ses populations dans leur devoir de la protection et de la sauvegarde de l’Environnement.
 
Même s’il est vrai que la zone connaît très peu, pour ne pas dire presque pas, d’émissions de gaz à effet de serre, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’autres facteurs pèsent négativement sur l’Environnement local.
 
C’est donc dans le but de faire l’état des lieux de ces facteurs, afin de proposer des solutions durables telles que souhaitées par le Pape François dans son encyclique « Laudato Si » que la paroisse de Dablo a amorcé une réflexion pour contribuer à relever les défis environnementaux majeurs de sa zone pastorale.
 
Pour ce faire, le PETIT ECHO de Dablo s’est approché de l’agent technique de l’environnement de ladite localité, avec qui l’EPA Caritas de Dablo est en étroite collaboration, pour s’imprégner des réalités en matière de protection environnementale : un préalable nécessaire pour la mise en place d’un plan de protection, de sauvegarde et de régénération de la flore dans cette partie du sahel.
Monsieur KABORE Abel

Monsieur KABORE Abel

Interview du chef de poste du service de l’environnement et des ressources halieutiques du département de Dablo
le 05 août 2015
 
1. Bonjour monsieur, pouvez-vous nous présenter succinctement votre service ?
 
ATE: Tout d’abord, Je me nomme KABORE Wênd-la-sida Abel. Je suis le chef de poste du service de l’environnement et des ressources halieutiques de Dablo, qui est un service déconcentré du ministère de l’environnement et des ressources halieutiques du Burkina Faso. Nous sommes deux agents forestiers ayant sous notre responsabilité l’ensemble des dix villages administratifs du département de Dablo.
Interview du chef de poste du service de l'environnement de Dablo: Etat des lieux et défis...
2. Que Pouvons-nous entendre par Environnement ?
 
ATE: L’environnement est un tout. On peut donc le définir comme l’ensemble des éléments physiques, chimiques et biologiques naturels ou artificiels et des facteurs économiques, sociaux, politiques et culturels qui ont un effet sur le processus de maintien de la vie, la transformation et le développement du milieu, les ressources naturelles ou non et les  activités humaines.
 
3. A quoi consiste la mission du forestier ?
 
ATE: L’agent technique de l’environnement ou forestier, est avant tout un agent de développement rural. En tant que technicien il contribue au développement des communautés, tout comme le service de l’élevage et l’agriculture. Il a un rôle de préservation et de protection de l’environnement dans son ensemble.
 
4. L’image du forestier suscite crainte et tremblement auprès de nos populations rurales. Qu’est ce qui explique cette peur à votre avis ?
 
ATE : Pour ma part, cette peur est un élément saisissant du mauvais niveau de compréhension et de prise de conscience de nos populations rurales dans la protection et la sauvegarde de l’environnement. Or l’environnement est l’élément capital à travers lequel les populations rurales tirent leurs moyens de subsistances par l’agriculture et l’élevage essentiellement.  A cela s’ajoute l’aménagement du cadre de vie du paysan qui est constitué de plus de 30 % du bois de son environnement: Hangar, toits de maisons, mûr de clôture, bergeries sans oublier le bois de chauffe. L’environnement est donc la ressource par excellence du paysan qui serait en danger de mort si cette ressource venait à s’amenuiser. Malheureusement la plupart de nos paysans ne s’en rendent pas compte ! Voilà pourquoi nous continuons d’enregistrer chaque jour des actes répréhensibles qui appauvrissent inexorablement le capital forestier. Et cela accélère de façon rapide, l’érosion des sols, la désertification et l’ensablement des sols de cultures dans la zone.
 
Alors, la répression, que je consens comme un aveu d’échec vient quelque fois compenser ce difficile éveil de conscience des populations, tout en ne négligeant pas le travail inlassable de sensibilisation des populations sur la nécessité vitale de la protection et de la sauvegarde de notre capital environnemental.
 
5. En tant que technicien de l’environnement, quelle appréciation faite vous de l’état de santé actuel du patrimoine forestier ?
 
ATE : Dans cette partie de la province du Sanmentenga, qu’est le département de Dablo, il y a encore quelques zones assez boisées dans certains villages tels que Perko, Sigr-Bila Loaada etc. Vous remarquerez la longue file des charrettes et véhicules venant de Kaya et des environnants qui y vont, à la recherche du bois de chauffe. Cela montre qu’il existe encore un petit capital forestier. S’il y a à noter l’état de santé du patrimoine environnemental, je ferai plutôt une projection dans 10 ans. Car, force est de constater une dégradation plus que rapide de la situation environnementale, liée à la pratique de la « culture sur brûlis », à une défriche des champs dont le but essentiel est de constituer un maximum de bois dans une visée commerciale. Notre service observe de plus en plus de transaction de bois vert et le phénomène ne fait que s’amplifier. Nous perdons ainsi plus d’une cinquantaine d’hectares de nos zones boisées chaque année. Alors, dans un horizon de 10 ans, on en aurait tout fini avec le patrimoine forestier.
Une triste réalité: on brûle et on coupe du bois vertUne triste réalité: on brûle et on coupe du bois vert

Une triste réalité: on brûle et on coupe du bois vert

6. Quelle est la stratégie actuelle de votre service pour renverser cette tendance?
 
ATE: Pour essayer de renverser la tendance, nous mettons l’accès sur les sensibilisations des paysans à travers une approche participative qui consiste à amener le paysan à comprendre la nécessité d’une exploitation raisonnable et encadrée des ressources environnementales notamment forestières : c’est dans son propre intérêt ! Car s’il venait par exemple à manquer du bois de chauffe dans le village, est-il évident que le paysan dont on connaît les ressources, pourrait se mettre au gaz butane pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille? En plus, sans les arbres, il n’y a pas d’agriculture productive possible. Et cela ne fera qu’accroître une insécurité alimentaire déjà bien présente dans nos familles. C’est ce message qui est véhiculé dans les causeries que nous faisons auprès des populations. Alors nous les invitons à l’abolissement de la pratique itinérante de la « culture sur brûlis » pour adopter la méthode de la RNA c'est-à-dire la régénération naturelle assistée. Cette méthode consiste à observer au moins cinquante gros pieds et soixante-dix petits pieds d’arbres à l’hectare que l’on entretiendrait, en les taillants convenablement à chaque saison pluvieuse. Cela évite naturellement l’érosion des sols et renforce ainsi la productivité des champs de culture. Car en réalité, sans cette méthode, il ne sert à rien de faire des cordons pierreux qui ne retiendront d’ailleurs rien que du sable. D’où l’importance de la RNA.
Séance de sensibilisation

Séance de sensibilisation

7. Avez-vous des actions concrètes à cet effet ?
 
 ATE : En plus des missions de sensibilisations sur la nécessité de la préservation de l’environnement que nous effectuons auprès des paysans dans les villages de notre zone d’action, nous appuyons techniquement les paysans dans la pratique de la RNA comme je l’ai expliqué. Nous faisons aussi la promotion du reboisement. Ainsi, à chaque autorisation de défriche attribuée, un bon d’un minimum de 20 pieds est donné pour qu’une compensation soit faite par une plantation d’arbre. Mais malheureusement, le reboisement n’est pas la pratique la mieux partagée au sein de la population. Nos pépiniéristes se découragent du fait que leur production ne s’écoulent pas ; et même que les pieds que nous octroyons gratuitement ne sortent même pas de nos pépinières. Les intéressés ne revenant jamais les chercher. 
 
8. Quelle contribution attendez-vous des personnes morales ou physiques de votre zone pour gagner le défi de la protection de l’environnement ?
 
ATE: De ces personnes morales et physiques nous attendons beaucoup. Car, nous sommes conscients que les défis environnementaux qui se posent dans notre zone d’action ne sauraient être relevés sans la contribution active de tous. Voilà pourquoi j’interpelle particulièrement, les autorités administratives, coutumières et religieuses par rapport à notre devoir commun de contribuer à l’éveil des consciences de nos populations dans la protection environnementale. A ce propos, j’ai été touché par la journée paroissiale de lutte contre la faim organisée par l’EPA Caritas de la mission catholique de Dablo, au cours de laquelle un message fort sur la nécessité de la préservation de l’environnement a été adressé aux fidèles chrétiens par le curé de la paroisse. Je pense que si ce type de message était aussi répercuté dans les mosquées, les temples et les cours royales, on aurait plus de chance de parvenir à un meilleur résultat.
 
Je souhaite de tout cœur qu’il ait une synergie d’action, dans le sens de la préservation et de la régénération de l’environnement, de tous les acteurs communautaires. Pour ce faire, il serait nécessaire de constituer un groupe de travail et de réflexion qui intègrerait toutes les autorités locales, administratives, religieuses et coutumières, les différents services techniques : environnement, agriculture élevage ; les responsables de l’éducation secondaire et primaire. Bref, toutes les entités nécessaires capables de rendre opérationnel le plaidoyer sur la protection de l’environnement et partant de la lutte contre l’insécurité alimentaire qui sévit dans la zone de Dablo.
 
Père Olivier Poly LOMPO
Curé de la paroisse de DABLO
DIOCESE DE KAYA
BURKINA FASO
AFRIQUE DE L’OUEST

Publié dans Environnement

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