La mort, une réalité monstrueuse et injuste?
HOMELIE DU CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME
Réf : Ez 37, 12-14 ; Ps 129 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45
Un matin, à la sortie d’une messe dominicale, j’ai surpris dans l’enceinte de la paroisse, une chaude discussion entre un homme et sa femme. La discussion était telle que je n’ai pas pu m’empêcher de les écouter.
D’un air sombre, le monsieur avait commencé à se plaindre de la longueur de la célébration à laquelle ils venaient tous deux de participer avant de dire à sa femme :
- « C’est tout ça qui fait que je te disais de ne pas me déranger ce matin avec tes histoires d’aller ensemble à la messe là !».
- « Oh ! Chéri, n’exagère rien, répliqua la femme, la cérémonie n’a pas été aussi longue que ça. C’est juste qu’il y avait beaucoup d’annonces aujourd’hui. Tu comprends ça non ? »
- « Oui ! Je sais, ajouta le monsieur. Mais ce n’est pas seulement la longueur des cérémonies qui m’indispose dans l’affaire des curés là ! ».
- « Quoi d’autre ? Repris la femme ». Et le monsieur de confier :
- « Franchement, pour dire la vérité, je n’aime pas leur façon de s’accommoder à la misère et à l’injustice, à la souffrance et surtout à la mort, jusqu’à en faire même un tremplin vers Dieu et un argument en faveur de la foi. Vraiment rassembler des gens pour leur dire que celui qui croit en Jésus ne moura pas, je pense que là les curés dépassent les limites du tolérable. Vois-tu, même si on raconte l’histoire de la résurrection de Lazare comme c’était le cas aujourd’hui, pour appuyer leur affaire là, ça ne tient pas du tout la route. Je n’ai pas été là bas hein ! Mais je crois bien que cette résurrection n’a pas donné l’éternité sur cette terre à Lazare. N’est-ce pas ! Qu’on arrête alors de nous mener en bateau et d’appeler les choses par leur nom : la mort disons le, sans se voiler la face, est une réalité monstrueuse, injuste, et qui ne laisse pas la place à l’espérance. Et je ne suis pas le seul à penser ainsi. Tiens ! Le philosophe Aristote par exemple disait que de toutes les horreurs, la plus terrible est la mort ». A ces mots, la femme l’interrompu en disant :
- « Arrête tes hérésies, chéri. Si tu lisais un peu la Bible comme moi tous les soirs avant de te coucher, tu ne dirais pas que la mort est injuste comme si elle était un point final, alors qu’elle est seulement un passage. Regarde, l’autre soir, je voulais te montrer ma trouvaille et tu ne m’as pas écouté. En effet, j’ai trouvé dans le livre de la sagesse un passage qui m’avait beaucoup intéressé, on y lisait : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus. Aux yeux des insensés, ils passèrent pour morts et leur départ sembla un désastre, leur éloignement une catastrophe, pourtant ils sont dans la paix » (Sg 3, 1-3). Et un autre passage dit ceci : « Dieu n’a pas fait la mort et il ne prend pas plaisir à la perte des vivants, car il a créé tous les êtres pour qu’ils subsistent… » (Sg 1, 14). Et puis, ton philosophe là, c’est parce qu’il n’avait pas connu et entendu Jésus qu’il désespérait de la mort. Il n’avait pas entendu cette affirmation de l’Apocalypse : « heureux les morts qui meurent dans le Seigneur » ou st. Paul se lamenter et soupirer : « je désire partir pour être avec le Christ et pour moi vivre, c’est le Christ et la mort m’est un gain » ; ou bien encore Jésus lui-même déclarer solennellement : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne moura jamais ». Alors, moi je pense que le Seigneur est fidèle ; je suis sûr qu’il n’abandonne jamais ceux qui ont mis toute leur confiance en lui ; mais il les garde comme la prunelle de son œil. Car il est le Maître de la vie et celui de la mort : et pour lui rien n’est mort, mais toutes choses qui sont unies à lui vivent par la foi ».
- Ok ! Repris le monsieur tout en faisant remarquer : « Ce que tu me dis là n’est pas tout à fait dépourvu de sens. Mais penses-tu qu’il est si facile de croire et d’espérer ? En tout cas, moi je ne cache pas ma difficulté. Peut être, tu pourras me dire comment toi tu y arrives pour que je puisse m’y accrocher moi aussi ».
- « Sans faute, chéri, rétorqua la femme avant d’ajouter, si tu veux vraiment on poursuivra cette discussion à la maison ; et peut être qu’on pourra revenir demander plus de lumière à ce propos aux curés. Pour l’instant rentrons vite à la maison, les enfants nous attendent. »
Chers frères et sœurs en Christ, cette discussion est révélatrice des angoisses qui nous tenaillent devant la question de la mort. En tout cas, en ce qui me concerne, si je connaissais l’adresse de la dame, je lui aurais envoyé des mots de remerciement. Car non seulement elle a su éclairer la lanterne de son mari mais aussi la nôtre, sur ce sujet délicat qu’est la mort.
La mort, on le sait est inéluctable, elle se trouve programmée en notre corps. L’Eglise ne l’ignore pas, elle qui, le mercredi des cendres, nous rappelait que nous sommes poussière et retournerons en poussière. Mais ce n’est pas là le dernier mot de Dieu, car le Dieu auquel nous croyons est le Dieu vivant, et st. Paul nous dit dans la deuxième lecture que « si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en nous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous ».
Frères bien aimés de Dieu, cette conviction trouve son fondement dans les paroles même de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie ». Déjà, le prophète Ezéchiel, dans la première lecture, avait eu le présentement que la résurrection serait le miracle de l’amour de Dieu pour ceux qu’il aime : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple ».
Oui, en ressuscitant Lazare, Jésus se révèle comme celui qui donne la vie. Croire donc en lui comme Fils de Dieu, c’est croire que celui qui s’attache à lui ne moura jamais. De faite, la confession de foi des chrétiens ne saurait être différente de celle de Marthe : « Oui Seigneur tu es le messie, je le crois : tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». Une telle foi et une telle espérance devraient transfigurer toute notre vie présente et nous aider à surmonter toutes les épreuves et contradictions de ce temps. Si en effet, nous sommes accablés par le deuil, si nous avons perdu tout espoir devant la maladie qui malgré les soins s’aggrave, si nous avons échoué à des examens malgré nos demandes de messe, attendu en vain l’âme sœur malgré les multiples neuvaines effectuées, on aurait l’impression que le Seigneur est absent et on ne pourrait s’empêcher de dire « Seigneur si tu avais été là, tous les problèmes qui m’empêchent de dormir en paix, ne m’auraient pas tomber dessus ».
Mais, rassurons nous, le Seigneur n’est pas absent dans notre vie, il est là et il veille au grain, il se laisse toucher par notre galère, nos misères. Il fait de nos préoccupations les tiennes, car il nous aime d’un amour, si grand, à tel point que l’évangile nous dit qu’il n’a pas pu s’empêcher de pleurer devant la douleur des sœurs de Lazare. Voilà pourquoi il ressuscite Lazare, pour nous rassurer que la vie présente n’est pas l’antichambre de la mort, mais celle de la cité des cieux où nous partagerons éternellement la vie même de Dieu.
Frères et sœurs en Christ, une telle espérance ne peut pas ne pas se manifester dans notre comportement de tous les jours. Manifestons la donc en vivant joyeux à la suite du Christ, confiant qu’il nous conduira au vrai bonheur. Et si les soucis de la vie présente nous plongent dans l’abîme de la mort et du désarroi, disons avec le psalmiste « des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur ; Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière. »
Demandons à Dieu en cette eucharistie la grâce d’une foi inébranlable et d’une espérance sans faille, pour témoigner de lui tout au long de notre existence.
Seigneur, fortifie mon espérance et ma foi, qu’elles transfigurent mon existence, qu’elles donnent à ceux qui me rencontrent de te chanter et de te louer, d’espérer et de croire. Par Jésus le Christ notre Seigneur.
Abbé Olivier Poly LOMPO
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