Qui parmi nous n’a jamais rêvé d’être leader?
Homélie du quatrième dimanche de Pâque/ Année A
Réf : Ac 2,14a.36-41 ; Ps 22 ; 1P2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Chers frères et sœurs en Christ, qui parmi nous n’a jamais rêvé d’être directeur de son service, de devenir leader ou chef de fil de son parti politique de son syndicat, de devenir le PDG de son entreprise, de devenir manager de sa chorale, le grand responsable de son mouvement d’action. Beaucoup de personnes voudraient en effet voir naître en eux des potentiels de leaders à l’instar des grands leaders charismatiques et révolutionnaires de notre histoire, tels que Martin Luther King, Mahatma Gandhi, Ce Gievara, ou plus près de nous Thomas Sankara. C’est ainsi que surgissent souvent des leaders de tout bord se disant capable de vous faire sortir de votre misère et vous invitant par conséquent à les suivre pour qu’ils vous amènent à boire directement à la source du bonheur. Dans le domaine religieux, en particulier, où prolifèrent de toute part des sectes, il n’est pas rare de rencontrer des gourous et de vrais faux prophètes qui vous proposent un raccourci pour résoudre tous vos problèmes d’emploi, de foyer et de santé.
Cette ambiance dans laquelle notre quotidien est plongé engendre, à n’en pas douter, une incertitude trouble dans bien des cœurs : On ne sait plus à quel saint se vouer pour parvenir au grand bonheur auquel aspire pourtant notre cœur de toutes ses forces.
Frères et sœurs bien aimés de Dieu, les textes liturgiques de ce quatrième dimanche de pâques nous y orientent résolument. Dans l’évangile selon st Jean que nous venons d’écouter, le Christ est présenté comme le berger et la porte de la bergerie , autrement dit comme le seul leader et l’unique manager qui ait donné aux hommes pour les conduire au bonheur de la vie ici bas et de celle de l’au-delà, ainsi qu’il le dit lui-même : « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ».
En recourant à la métaphore du berger pour se désigner lui-même, Jésus reprend en fait une image bien connue de ses interlocuteurs pour les amener à découvrir son identité profonde. En effet, dans l’expérience juive, le berger est à la fois un chef et un compagnon. C’est un homme fort capable de défendre son troupeau contre les bêtes sauvages mais aussi délicat envers ses brebis. C’est, sous cet angle que Yahvé est le chef et le père d’Israël, son troupeau, qu’il fait paître lui-même en lui confiant des pasteurs. Mais les pasteurs d’Israël se sont montrés infidèles à leur mission : ils se paissaient eux-mêmes au lieu de s’occuper du troupeau, laissant les brebis s’égarés et se disperser. Dès lors, Yahvé va reprendre en main son troupeau pour le pourvoir de pasteurs selon son cœur. Et d’après le prophète Ezéchiel, il n’y aura plus qu’un seul pasteur, nouveau David, avec Yahvé pour Dieu (Ez 34,23ss). De fait, le titre de pasteur ou berger est un titre réservé au nouveau David, c'est-à-dire, le messie sauveur. Voilà pourquoi Jésus déclare que tous ceux qui sont intervenus avant lui, sont tous des voleurs et des bandits
En s’affirmant alors le berger qui entre par la porte de la bergerie, Jésus s’oppose à tous les perfides et mauvais pasteurs et à tous les fléaux de la bergerie : notamment, le démon à l’image du loup qui cherche à dévorer les brebis ; le voleur à l’image des gourous des sectes qui n’entrent pas par la porte ordinaire, et se déguisent en pasteur pour tromper et voler les brebis ; le mercenaire qui dans le danger se sauve et ne défend pas les brebis. Par contre, lui Jésus, le seul vrai berger , veut avant tout sauver ses brebis et les défendre contre leur ennemi du dehors, le démon et contre eux-mêmes en ramenant la brebis perdue sur ses épaules.
Oui ! Jésus est donc la bonté de Dieu venue sur la terre, le leader par excellence qu’il nous faut. Comment ne pas le reconnaître ? Pourquoi ne pas aller à lui sans réserve pour célébrer la vie qu’il nous donne en surabondance ? N’est ce pas ce que le psalmiste a compris quand il chante: « Le Seigneur est mon berger je ne manque de rien, sur des près d’herbe fraîche il me fait reposer. Alléluia… »
Frères et sœurs en Christ, bienheureux ceux qui font partie du bercail de Jésus, car « ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom ». Il connaît à fond et distinctement chacune d’entre elles, non seulement l’extérieur, l’apparence, mais l’intérieur, le fond ; non seulement les actes et les paroles mais les sentiments, les pensées, les désirs ; non seulement les péchés, les oublis, les erreurs, mais aussi, avec la contrition, les essais de redressement, les appels au secours ; non seulement les joies et les triomphes, mais les peines, les souffrances et les impuissances. Il connaît donc tout en nous, non comme un juge pour condamner, mais comme un médecin qui peut et veut guérir, comme un père aimant qui peut et veut secourir, pardonner et relever. Quelle assurance pour nous d’être ainsi connu, compris, possédés par la bonté elle-même. Et ce n’est pas tout, car Jésus ne se contente pas de me connaître. Il tient à se faire bien connaître de moi pour que je ne risque pas de courir après les bergers. Mais alors, comment être de bonnes brebis digne d’un tel berger ?
Il nous faut nous disposer à entendre la voix du berger. L’entendre non pas une fois ou l’autre, mais toujours. Aussi nous ne devons pas opérer des choix dans ses paroles en acceptant uniquement les douces, les agréables, les prometteuses et refusant celles qui parlent de devoirs austères ; consentant à celles qui nous encouragent ou nous félicitent mais repoussant celles qui nous redressent et nous corrigent. Il faut tout entendre : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, a dit Jésus, s’en serve pour entendre ».
Bien aimés de Dieu, si nous avons reconnu Jésus comme le leader qu’il nous faut il nous reste maintenant à le laisser manager notre vie. Pour ce faire, nous devons nous garder de le délaisser pour aller paître ailleurs et accueillir sans attendre l’exhortation de l’apôtre Pierre à nous adresser : « Convertissez-vous…détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés ».
Oui ! Nous serons sauvés par l’unique berger qui sur « le bois a porté nos péchés en nous ouvrant la source de la vie ». Par le baptême nous y avons été plongés et en sommes renés. Mais si notre existence reste en butte aux incompréhensions et aux coups malgré nos bonnes actions, ne nous décourageons pas, tenons bon pour ainsi rendre hommage à Dieu. Car c’est bien à cela que nous avons été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour nous et nous a laissé son exemple afin que nous suivions ses traces.
Demandons en cette Eucharistie la grâce de la disponibilité à Jésus notre berger, pour qu’il nous apprenne à le suivre en toute confiance et à mourir au péché pour vivre dans la justice et recevoir le don de l’Esprit.
Pour chacun de nous, c’est aujourd’hui le tems de suivre à fond le berger, d’œuvrer à ne pas perdre de vue le Royaume de Dieu, ce projet de communauté que le Christ nous appelle à créer avec lui pour que chacun ait la vie et qu’il l’ait en abondance.
Que par Jésus le Christ notre Seigneur, Dieu écoute et exauce nos prières.
Amen !
Abbé Olivier Poly LOMPO
Diacre, grand séminaire
St. Jean Baptiste, Ouagadougou
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