La victoire de l’amour sur les préjugés : Une femme victime d’exclusion sociale pour cause de sorcellerie pendant près de 30 ans, réhabilitée par son neveu.

Publié le par lompoly

Collette Noosyamba OUEDRAOGO se dit revenir de très loin, « j’étais morte mais grâce à Naaba SIGIRI je suis revenue à la vie. J’étais chassée, rejetée et vouée au désespoir mais aujourd’hui j’ai retrouvé ma dignité, je me sens renaître. Je peux maintenant mourir en paix ».

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Tels sont les sentiments qui habitent Collette Noosyamba OUEDRAOGO, la désormais ex-pensionnaire du Foyer des femmes accusées de sorcellerie de la paroisse de BOKIN.
 
 En effet, depuis le jeudi 21 février 2013, Collette a quitté définitivement le foyer sainte Anne pour retrouver son village natal, Sêgdin, d’où elle avait été bannie depuis sa tendre jeunesse. Une histoire douloureuse dont elle ne peut toujours pas oublier malgré son âge avancé.
 
Elle raconte que sa descente aux enfers a commencé quand, jeune fille elle tomba enceinte pendant qu’elle était encore chez ses parents, donc avant d’avoir été mariée. Ce fut un affront porté à la famille et le verdict ne tarda pas de tomber. Elle fut bannie et devait quitter le village et les siens sans jamais y remettre les pieds. Elle rejoignit alors le village de son amant qui devint son mari. Les années passèrent et les différentes médiations finirent par porter leurs fruits. L’interdiction de revenir au village fut levée et elle goutta à nouveau le bonheur de retourner dans son village natale après plusieurs année de bannissement.
 
Mais ce bonheur fut de courte durée car quelques années après, elle fut accusée de sorcellerie dans le village de KETGO, où elle résidait avec son mari et ses enfants suite à un décès dans ledit village. Contrainte là aussi de tout abandonner, elle partit en laissant derrière elle son mari et ses enfants mais ne fut pas accueilli dans son village natal qui entérina l’accusation comme pour mieux se venger de son premier affront. C’est alors qu’elle vint à la mission Catholique pour solliciter un toit qui lui fut accordé. Ainsi donc elle intégra depuis presque trente ans la communauté des femmes accusées de sorcellerie dans le foyer Ste Anne de la paroisse de Bokin.
 
C’est donc après avoir vécu presqu’une trentaine d’année dans ce foyer que le grand moment qu’elle attendait dans le secret de son cœur fut venu grâce à l’initiative de son neveu, le Naaba Sigri, l’actuel chef du village de Sêgdin, dans le département de Bokin, Province du Passoré.
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Celui-ci affirme avoir été profondémen t touché par les multiples sensibilisations pour la réhabilitation des femmes victimes d’exclusion sociale pour cause de sorcellerie avant d’ajouter : « Nombre de personnes pensent aujourd’hui que, si le phénomène d’accusation de sorcellerie perdure dans les villages c’es t parce que les chefs de villages y sont encore pour quelque chose. Or la vérité est que souvent le chef est mis devant les faits accomplis. Pour ce qui me concerne, en prenant l’initiative de récupérer ma tante Collette auprès de moi, j’entends afficher mon refus de ce phénomène d’exclusion dont les femmes sont victimes dans nos milieux et contribuer ainsi à sensibiliser mes sujets et au-delà l’ensemble de la population de la province du Passoré qui connait le taux le plus élevé d’accusation de sorcellerie et de fait d’exclusion de femmes de leur village».
 
Les responsables du foyer sainte Anne ne cachent pas leur satisfaction. Ils veulent croire et espérer que de tel geste se renouvèlera le plus fréquemment possible. Ainsi, plusieurs autres femmes pourront à leur tour connaître la joie de recouvrir leur dignité et de réintégrer leur village. C’est ce grand cadeau que toutes les femmes victimes d’exclusion espèrent. Avis donc aux familles et aux personnes de bonne volonté, notamment les fils et filles, les petits enfants et les neveux de toutes ses femmes victimes d’exclusion sociale. Voyez à quel point elles souffrent et attendent de vous un acte d’amour et de réconfort. Soyez alors pour elles des libérateurs et leur bénédiction vous accompagneront jusqu’à la fin de vos jours.
 
Père Olivier Poly LOMPO
Paroisse de Bokin
Diocèse de Kaya

Publié dans SOLIDARITE

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